Les castrats, ou le théâtre à machines du corps

Création

dimanche 01.09

14:00 - 15:15

Conservatoire

Dans notre imaginaire historique, l’émasculation renvoie à des époques, anciennes ou modernes, d’un triomphe de la barbarie : purification rituelle, supplice pénal ou stérilisation eugénique, la castration reste, pour un esprit civilisé, une abomination. Parmi les atteintes à l’intégrité du corps, elle constitue même pour la psychanalyse l’une de nos peurs inconscientes les plus profondes.

Pourtant, aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Occident, en dehors de toute fonction religieuse ou punitive, la castration a été abondamment pratiquée – et ce, à des fins purement musicales. L’Italie, emportée par l’essor prodigieux de son industrie culturelle, a fabriqué des evirati en nombre, les a formés dans de prestigieux conservatoires et a diffusé dans toute l’Europe des chanteurs exceptionnels qui ont connu dans les théâtres une gloire sans précédent.

Le castrat, divo assoluto, a incarné la splendeur de l’école de chant napolitaine, l’apogée de l’opéra italien et cet illusionnisme vertigineux propre à l’esthétique baroque. La fabrication du castrat, assimilée à la facture d’instrument, a fait du corps humain un théâtre à machines, une figure héroïque et poétique défiant les lois de la nature. Elle a été tout à la fois processus de déshumanisation et fantasme de surhumanité.

À travers l’évocation de la figure du castrat, cette conférence dégagera les enjeux esthétiques et philosophiques d’une pratique culturelle qui a poussé très loin la question de savoir ce que peut un corps. Le programme musical sera confié à une voix de contreténor, dont le timbre, la technique et le style permettront de susciter l’écho de ce qui fut, paradoxalement, un Âge d’or.

  • Entrée : 14 €
  • Prix pass: 10 €
  • Enfants / -30ans: 8 €

Dominique Corbiau

Contre-ténor

Dorian Astor

Philosophe

Clara Lemaître

Violon

Nina Lakicevic

Clavecin