Pierre Louÿs, ami de Claude Debussy et écrivain remarquable du Paris des années 1900, publia en 1894 un recueil de poésies grecques antiques d’inspiration saphique, d’une poétesse, Bilitis, dont il prétendait avoir simplement fourni la traduction. En fait, celle-ci n’était qu’une pure invention de sa part, comme il le révéla par la suite, alors que les critiques et autres connaisseurs aient cru dur comme fer à la réalité de ladite poétesse.
L’époque redécouvrait dans la Grèce antique le paradigme d’une simplicité authentique et naturellement belle et Claude Debussy goûta tant ces poésies dont il connaissait l’origine factice, qu’il en mit trois en musique – ce furent les Trois chansons de Bilitis [pour soprano] – et écrivit par la suite, dans la même veine, ses Six épigraphes antiques pour piano. Autant de chefs-d’œuvre…
Le thème grec, pour l’époque, signifie davantage: il fut également l’emblème d’une acceptation enfin pleine et entière de la sensualité, de la sexualité et du désir dans l’infinie palette de ses déclinaisons. Se pourrait-il qu’il existe une musique «érotique»? Fallait-il une imposture ponctuelle – la contrefaçon d’une improbable Bilitis – pour peut-être s’émanciper d’une imposture généralisée, la répression de tout désir en cette époque encore assez «coincée»…