Parue en 1985, la pièce de l’écrivain serbe Lioubomir Simovitch se déroule dans la ville d’Oujitsé, en Serbie, durant l’occupation nazie. Une troupe de théâtre ambulant y poursuit, tant bien que mal, ses représentations alors que la guerre transforme peu à peu le quotidien, les rapports humains et les consciences. Entre arrestations, censure et violences, les comédien·nes découvrent que le danger ne vient pas uniquement du pouvoir ou des soldats, mais aussi de gens ordinaires que le contexte pousse vers la haine, la
dénonciation et parfois même le meurtre.
À travers cette œuvre majeure du théâtre contemporain, Simovitch interroge la manière dont une société peut lentement basculer dans l’inhumain. La pièce fait écho, en filigrane, à cette idée développée par Hannah Arendt : le mal peut aussi prendre le visage de l’habitude, de l’obéissance ou de l’indifférence. Ce que l’on entend au loin à Oujitsé n’est pas seulement le bruit de la guerre passée, mais aussi celui des fractures qui traversent encore notre époque : les replis identitaires, les violences politiques, les discours de haine ou la peur de l’autre.
Et pourtant, malgré la noirceur du monde, le théâtre demeure. Car Le Théâtre Ambulant Chopalovitch parle aussi de ce besoin vital de continuer à jouer, créer et raconter des histoires lorsque tout vacille. Le théâtre dans le théâtre devient alors un espace de résistance, d’humanité et de liberté. Et la
rivière qui traverse Oujitsé pourrait aussi bien être l’Escaut qui arrose Tournai.